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Paru cette semaine, Plaidoyer pour une viande sans animal prône la viande de culture, donc artificielle, comme manière de ne plus faire souffrir les animaux. Image: Shutterstock

Manger de la viande sans tuer d'animaux? Ce livre a la solution

Coauteur du livre «Plaidoyer pour une viande sans animal», Thomas Lepeltier défend les avantages de la viande de culture. Développée artificiellement et déjà commercialisée à Singapour, celle-ci pourrait réduire tant la souffrance animale que l'impact de l'élevage sur l'environnement. Interview.



«Ce livre ne cherche pas à convaincre qui que ce soit de se passer de viande. Au contraire, nous défendons un moyen de continuer à manger de la viande mais sans faire souffrir les animaux», pose l'essayiste français Thomas Lepeltier. Avec son confrère David Chauvet, il vient de publier Plaidoyer pour une viande sans animal.

La solution miracle prônée par les deux animalistes végétaliens? La viande de culture développée en laboratoire à partir de cellules souches animales. Aujourd'hui plusieurs start-ups planchent très activement sur le projet et Singapour a autorisé, en décembre 2020, la vente de nuggets de poulet artificiels, une première mondiale.

Dans sa préface de votre livre, Laurent Joffrin écrit «On peut maintenant produire une viande de culture rigoureusement identique à celle que nous consommons». Mais, plus loin, vous dites que la viande de culture est «très comparable». Où en sommes-nous réellement?
Thomas Lepeltier: Pour l'instant, ce ne sont encore que des prototypes. Pour en avoir le cœur net, il faudra la goûter, ce que je n'ai pas encore eu la chance de faire. Le plus grand obstacle, pour le moment, c'est qu'elle coûte plus cher que la viande d'élevage, car elle n'est produite qu'en toute petite quantité. Bien sûr, les économies d'échelle permettront de faire baisser les prix. Dans tous les cas, la promesse des producteurs, c'est qu'elle sera très similaire à de la viande d'élevage.

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La viande de culture est fabriquée en laboratoire à partir de cellules animales que l'on fait croître dans des cuves identiques à celles utilisées pour la fermentation de la bière. Le fabricant Mosa Meat annonce, par exemple, pouvoir fabriquer 80 000 steaks à l'aide d'une cellule de 0,5 gramme prélevée sur un bœuf anesthésié. Image: Mosameat

Pourquoi écrire un livre pour défendre une viande que vous n'avez même pas goûtée?
Avant même d'être en vente chez nous, la viande de culture est déjà attaquée par beaucoup de gens qui se battent contre sa commercialisation. Avec mon confrère David Chauvet, on voulait donc montrer qu'il y avait aussi des arguments en sa faveur. On y voit notamment une opportunité importante pour les animaux. De manière générale, on doit élever et tuer énormément d'animaux pour manger de la viande, ce qui génère beaucoup de souffrance. Aujourd'hui, la plupart des gens sont d'accord pour dire qu'il est dommage de faire souffrir les animaux mais veulent quand même continuer à manger de la viande. La viande de culture permettrait d'apporter une solution à ce paradoxe. Par ailleurs, l'élevage est nuisible pour l'environnement. Il y aurait donc des avantages écologiques importants: arrêter la déforestation, libérer et reboiser des terres agricoles ou encore réduire les émissions de méthane des bovins.

S'il y a autant d'avantages, pourquoi la résistance est-elle si forte?
Je pense qu'il y a deux grandes raisons très symboliques. La première, c'est le culte du naturel: aujourd'hui, il y a une diabolisation de tout ce qui ne l'est pas. Mais c'est absurde, dans notre société, tout est façonné par l'être humain, même la nourriture. Les animaux que nous consommons sont des mutants par rapport à leurs ancêtres. L'autre raison, concerne notre rapport aux animaux. Une hypothèse développée dans le livre, c'est que manger de la viande d'élevage, revient à affirmer sa domination sur les animaux. Or, cela gêne certaines personnes de perdre ce sentiment de supériorité.

Et vous, la viande de culture, ça vous tente?

La viande de culture, c'est une forme d'aveu d'impuissance pour le mouvement animaliste, non? Vous admettez d'ailleurs dans le livre que le grand public ne veut pas changer son alimentation.
C'est vrai, il faut le reconnaître. Personnellement, je pensais qu'il suffisait de montrer aux gens les côtés néfastes de l'élevage et de leur expliquer que rien ne justifie de tuer des êtres sensibles. Manifestement, cela n'a pas marché. Cela fait maintenant des années que le sujet est mis en avant mais la consommation de viande n'a pas véritablement diminué. Le discours des animalistes n'a donc pas porté mais qu'à cela ne tienne, la viande de culture est une autre solution possible. Pour le mouvement animaliste, le problème ce n'est pas la viande en soi mais bien la souffrance et la mort des animaux. Aujourd'hui, la technologie est sur le point de pouvoir créer de la viande presque comme par magie.

Pourquoi est-ce que vous vous êtes concentrés sur la viande de culture alors que les substituts végétaux ont fait des progrès importants ces dernières années?
Tous les substituts à la viande et aux produits laitiers nous conviennent, mais nous nous sommes focalisés sur la viande de culture parce que c'est elle qui subit le plus d'attaques. Il y a également une portée symbolique. Face à une viande végétale, il sera toujours possible de dire que ce n'est pas de la vraie viande. Mais avec la viande de culture, c'est le même produit qui sera offert aux consommateurs même si le procédé pour y parvenir est différent. Le débat sera donc simple: est-ce que les gens préfèrent une viande qui a nécessité une mise à mort ou une viande qui ne génère pas de souffrance? Les citoyens devront faire leur choix, en leur âme et conscience. Ensuite, ce sera le marché qui décidera.

Si la viande est développée artificiellement, ne craignez-vous pas la perte d'un certain terroir, d'une certaine diversité?
Non, car l'image des animaux dans les champs est un fantasme. De manière générale, 80% de la viande que l'on mange est élevée dans des bâtiments fermés. Si, déjà, on arrête de consommer ces animaux-là, en termes de terroir on n'aura rien perdu. Cela sera même positif pour tous, pour toutes les raisons éthiques et environnementales déjà expliquées. Dans un premier temps, on peut très bien imaginer que la viande de culture ne remplace que la viande industrielle. A terme, il y aura peut-être une perte d'activités liées au terroir mais il ne faut pas être attaché au passé pour être attaché au passé. D'autres savoir-faire vont se développer et le gain, pour les animaux, sera très important.

A quel horizon va-t-on trouver de la viande de culture dans notre assiette?
C'est difficile à dire. Les producteurs ont tendance à annoncer que cela va aller vite, d'ici un an ou deux, mais il faut rester prudents car ils doivent se montrer très positifs pour lever des fonds. Je pense néanmoins que, d'ici deux ans, de la viande de culture pourra bien être commercialisé en Europe à une petite échelle. Puis, les ventes prendront de l'ampleur par la suite. Mais il faut encore obtenir des autorisations sanitaires donc cela peut varier d'un pays à l'autre.

Plaidoyer pour une viande sans animal, David Chauvet, Thomas Lepeltier, éd. PUF.

Plaidoyer pour une viande sans animal

Pour découvrir les premières pages du livre, cliquez sur «Feuilleter» sur le site de la FNAC. Image: DR

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